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Trump annule l'executive order sur la sécurité IA : Musk, Zuckerberg et Sacks ont gagné

Skynet Watch 🟢 Débutant ⏱️ 14 min de lecture 📅 2026-05-23

Trump annule l'executive order sur la sécurité IA : Musk, Zuckerberg et Sacks ont gagné

🔎 Un coup de téléphone qui a tout fait capoter

En mai 2026, Trump devait signer un executive order historique imposant des tests de sécurité obligatoires avant le déploiement de modèles IA puissants. Cérémonie prévue, executifs tech invités, communiqués préparés. Tout était verrouillé. Sauf que deux milliardaires — Elon Musk et Mark Zuckerberg — ont appelé la Maison Blanche directement. Résultat : annulation sèche, sans date de reprogrammation.

Cet épisode raconte exactement comment le pouvoir de régulation se dilue quand les régulés ont le numéro personnel du régulateur.


L'essentiel

  • Trump a annulé la signature d'un executive order imposant des tests de sécurité pré-déploiement pour les modèles IA puissants, sous la pression directe de Musk et Zuckerberg.
  • David Sacks, "AI Czar" de l'administration, a lui aussi poussé contre le texte qu'il "détestait", selon Axios.
  • Les défenseurs de la safety IA à Washington sont déçus : c'est un feu vert pour un déploiement sans filet des modèles les plus capables comme GPT-5.5, Grok 4.1 ou Gemini 3.1 Pro.
  • Le paradoxe est total : Musk (xAI) et Zuckerberg (Superintelligence Lab) sont à la fois les conseillers de Trump et les premiers bénéficiaires de l'absence de régulation.

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Ce que prévoyait l'executive order torpillé

L'ordre devait imposer des évaluations de sécurité fédérales avant que les entreprises ne puissent déployer des modèles d'IA "frontier" — ceux dont les capacités dépassent un certain seuil de dangerosité. Concrètement, des tests indépendants sur la fiabilité, les biais, et les risques de prolifération.

L'idée n'était pas neuve. L'administration Biden avait posé les premiers jalons avec son executive order d'octobre 2023, qui utilisait le Defense Production Act pour forcer les labos à partager les résultats de leurs tests de sécurité ("red-teaming") avec le gouvernement fédéral.

Le texte de Trump allait plus loin : des tests obligatoires avant la mise sur le marché, pas seulement une déclaration a posteriori. Pour les modèles qui dominent les classements actuels — GPT-5.5 (score agentic 98.2), Gemini 3 Pro Deep Think (95.4), Claude Opus 4.7 Adaptive (94.3) — cela signifiait un processus de validation supplémentaire de plusieurs semaines, voire mois.

C'est précisément ce délai que l'industrie a refusé.


Les coulisses : Musk, Zuckerberg et le téléphone rouge

L'histoire, révélée par Forbes et confirmée par The Independent, est remarquablement directe. Musk et Zuckerberg ont appelé Trump pour exprimer leurs "inquiétudes" — un euphémisme pour "on n'est pas d'accord et on veut que ça saute".

Selon The Guardian, les deux CEO ont averti le président que cet ordre nuirait à l'économie américaine et à son avantage compétitif en IA. L'argument de la compétition avec la Chine a été brandi comme un bouclier rhétorique.

David Sacks, nommé "AI Czar" par Trump et ancien partenaire de Peter Thiel, a joué un rôle de catalyseur. Axios rapporte qu'une source proche du dossier affirme que Sacks "détestait" la régulation. Sacks, qui a cofondé Craft Ventures et été un investisseur précoce dans Facebook, n'est pas un acteur neutre sur le sujet.

Trump lui-même a justifié le revirement avec sa formule habituelle : "je n'aimais pas certains aspects", indiquant à Politico qu'il s'inquiétait que l'EO "aurait pu être un blocker". La signature, initialement prévue un jeudi avec plusieurs executifs tech présents, a été purement annulée. Aucune date de remplacement n'a été annoncée.

Cette séquence pose une question de fond : quand les principaux intéressés par une régulation sont les conseillers officiels du régulateur, le système est-il conçu pour fonctionner ?


Le paradoxe Musk-Zuckerberg : juges et parties

Elon Musk a construit une partie de sa communication publique autour de l'alerte sur les risques existentiels de l'IA. Il a cofondé OpenAI en 2015 en partie pour cette raison, a quitté le conseil quand la direction a pris un tournant plus commercial, et a lancé xAI en 2023 avec un discours résolument "safety-first".

Sauf qu'en mai 2026, xAI déploie Grok 4.1, classé 90e ex-aequo au benchmark général et 14e en agentic. Le modèle doit rivaliser avec GPT-5.5 et Gemini 3.1 Pro. Chaque semaine de retard due à des tests de sécurité fédéraux est une semaine de perdue face à OpenAI et Google.

Musk le sait. Et quand il a appelé Trump, il défendait les intérêts de xAI, pas ceux de la sécurité IA. Ars Technica le dit crûment : l'industrie tech a fait du lobbying contre l'ordre en craignant que les tests ne retardent les lancements.

Zuckerberg est dans une position encore plus évidente. Meta a lancé sa Superintelligence Lab début 2026, avec un budget de plusieurs milliards et un objectif clair : rattraper OpenAI et Google. Le modèle de Meta n'apparaît pas dans le top 15 actuel, ce qui signifie que le labo est précisément dans la phase de rattrapage où chaque mois compte. Imposer des tests de sécurité à cette étape, c'est donner un avantage supplémentaire aux leaders.

Ces questions de sécurité et éthique des avatars IA personnels ou de sécurité plus large des systèmes agentic comme ceux décrits dans Sécurité et permissions dans Hermes Agent deviennent d'autant plus critiques quand le cadre réglementaire se vide de sa substance.


Pourquoi les défenseurs de la safety s'alarment

Les modèles agentic actuels ne sont plus des chatbots. GPT-5.5 atteint 98.2 au benchmark agentic, ce qui signifie qu'il peut planifier, exécuter des tâches multi-étapes, corriger ses propres erreurs et interagir avec des outils externes de manière quasi-autonome.

Claude Opus 4.7 Adaptive (94.3) et Gemini 3 Pro Deep Think (95.4) sont dans la même zone. Kimi K2.6 de Moonshot AI, en self-host, atteint 88.1 — un score qui aurait semblé science-fiction il y a deux ans.

Dans ce contexte, l'absence de tests de sécurité obligatoires signifie concrètement que :

Aucune entité indépendante ne vérifie la robustesse d'un modèle avant qu'il ne soit mis entre les mains de millions d'utilisateurs. Les entreprises font leur propre "red-teaming", ce qui revient à se noter soi-même à un examen.

Les risques de prolifération sont réels. Un modèle comme DeepSeek V4 Pro (88 en général, 84 en agentic high) est open-weight et peut être déployé n'importe où. Sans cadre fédéral, rien n'empêche un acteur malveillant de le fine-tuner à des fins dangereuses.

Les scénarios d'alignement restent non vérifiés de manière indépendante. Quand GPT-5.3 Codex (87 général, 80 agentic) écrit du code de manière quasi-autonome, la question de savoir s'il respecte toujours les consignes de sécurité dans des edge cases n'est tranchée que par OpenAI.

À Washington, les défenseurs de la régulation sont décrits par Axios comme "déçus". C'est un euphémisme. Le revirement de Trump est qualifié par The Guardian de "feu vert pour le pouvoir non contrôlé de la tech".


Biden vs Trump vs Europe : trois approches radicalement différentes

Le contraste entre les approches réglementaires est saisissant.

L'approche Biden (2023-2025) : L'executive order d'octobre 2023 utilisait le Defense Production Act pour exiger que les labos partagent les résultats de leurs red-teaming avec le gouvernement. Pas de blocage de déploiement, mais une transparence obligatoire. Insuffisant selon les défenseurs de la safety, mais c'était un premier cadre fédéral.

L'approche Trump (2025-2026) : Démantèlement progressif. D'abord la révocation de l'EO Biden en janvier 2025, puis la tentative avortée de remplacer par un nouveau texte en mai 2026 — torpillé de l'intérieur. Le message est clair : le marché se régule seul.

L'approche européenne (AI Act) : Le règlement entré en application classifie les systèmes IA par niveau de risque. Les modèles "frontier" (à général-purpose) sont soumis à des obligations de transparence, de documentation technique et d'évaluation des risques systémiques avant mise sur le marché. Les sanctions vont jusqu'à 7% du chiffre d'affaires mondial.

Approche Mécanisme Blocage possible ? Sanctions
Biden EO (2023) Transparence obligatoire via DPA Non Aucune formelle
Trump EO (mai 2026) Annulé avant signature
AI Act (UE) Classification par risque + évaluation pré-déploiement Oui, pour les modèles à risque inacceptable Jusqu'à 7% CA mondial

Le risque pour les entreprises américaines est double. D'un côté, elles n'ont plus de contrainte fédérale. De l'autre, si elles veulent opérer en Europe — ce qui est le cas de toutes — elles doivent quand même se plier à l'AI Act. Sauf que les tests demandés par Bruxelles ne sont pas les mêmes que ceux que Washington aurait pu imposer, et le manque d'harmonisation crée un fragmenté réglementaire coûteux.


L'argument de la Chine : válido ou écran de fumée ?

L'argument principal de Musk et Zuckerberg, rapporté par The Independent, est que des tests de sécurité obligatoires ralentiraient les États-Unis dans la course à l'IA face à la Chine.

Cet argument a une part de vérité. La Chine déploie des modèles compétitifs : DeepSeek V4 Pro (88 en général) et GLM-5.1 de Z.AI (83) sont dans le top 15. Kimi K2.6 de Moonshot AI atteint 84 en général et 88.1 en agentic self-host. Pékin n'impose pas de tests de sécurité indépendants équivalents à ceux dont discutait Washington.

Mais l'argument a aussi des failles majeures.

D'abord, les tests de sécurité ne sont pas des mois de blocage. Les red-teams existent déjà dans tous les labos. Il s'agissait de les rendre vérifiables par un tiers, pas de les créer de zéro.

Ensuite, la sécurité est un avantage compétitif. Un modèle qui ne fait pas d'erreurs catastrophiques est un modèle que les entreprises adoptent plus facilement. Les outils qui permettent de gagner 300€/mois sans coder grâce à l'IA sont viables précisément parce que les modèles sous-jacents sont suffisamment fiables.

Enfin, l'argument de la Chine est un miroir aux alouettes quand il est brandi par des CEO dont les modèles ne sont pas encore au niveau des leaders. Ralentir GPT-5.5 et Gemini 3.1 Pro avec des tests aurait aider les challengers comme xAI et Meta, pas l'inverse.


Ce que les chiffres des modèles nous disent sur les risques

Le paysage des modèles en juin 2025 montre une accélération qui rend la question de la sécurité encore plus pressante.

En généraliste, l'écart entre le premier (Gemini 3.1 Pro, 92) et le 15e n'est que de 9 points. La compression des scores signifie que les modèles "moyens" deviennent très capables très vite. GLM-5.1 (83) et Claude Sonnet 4.6 (83) offrent des performances qui suffisent à la majorité des use cases.

En agentic, la concentration est encore plus frappante. GPT-5.5 domine à 98.2, mais GPT-5.4 Pro (91.8) et Claude Opus 4.7 (94.3) sont dans une zone où l'autonomie d'action est réelle. Un agent qui planifie, exécute, itère et se corrige avec un score de 94+ n'est plus un assistant — c'est un collaborateur autonome.

Quand ces modèles sont connectés à des outils réels (fichiers, APIs, bases de données, serveurs), les conséquences d'un défaut d'alignement ne sont plus théoriques. La question des permissions et de la sécurité dans les systèmes agentic, comme celle traitée dans Sécurité et permissions dans Hermes Agent, devient un enjeu opérationnel immédiat.

Sans cadre fédéral de tests, la seule ligne de défense est le red-teaming interne de chaque labo. OpenAI, Anthropic et Google ont des équipes de safety solides. Mais leur travail n'est pas audité par un tiers, et les incitations commerciales poussent à la rapidité, pas à la prudence.


Le rôle de David Sacks : un AI Czar anti-régulation

David Sacks mérite une attention particulière. Nommé "AI Czar" par Trump en 2025, il est théoriquement le responsable de la politique IA de l'administration. Sa position sur cette affaire est révélatrice.

Axios rapporte que Sacks "détestait" l'executive order. C'est frappant : le personne chargé de piloter la politique IA du pays s'oppose activement à la seule mesure de sécurité sérieuse discutée sous cette présidence.

Sacks n'est pas un technologue neutre. C'est un investisseur VC (Craft Ventures), ancien COO de PayPal, ami de longue date de Musk et de Peter Thiel. Son réseau est exactement les gens qui bénéficient de l'absence de régulation. Le nommer AI Czar et lui demander de réguler ses amis et partenaires, c'est comme nommer unlobbyiste de l'industrie pétrolière à la tête de l'EPA.

Selon The Guardian, Sacks a été "impliqué" dans le lobbying contre l'EO. Son rôle n'était pas passif : il a activement travaillé à faire dérailler le texte depuis l'intérieur de l'administration.

Le message envoyé aux défenseurs de la safety est brutal : la porte de la Maison Blanche est fermée.


La rhétorique "anti-doomer" comme arme politique

Un élément intéressant de cette affaire est le vocabulaire utilisé. Axios rapporte que les retours "anti-doomer" ont fait dérailler l'EO. Le terme "doomer" est devenu une arme rhétorique pour disqualifier toute personne qui exprime des inquiétudes sur les risques de l'IA.

Ce n'est pas un hasard. Le discours "anti-doomer" sert des intérêts précis : il permet de framing la sécurité IA comme une obsession de paranoïaques, pas comme une exigence d'ingénierie sérieuse. Pourtant, les chercheurs en safety ne sont pas des "doomers". Ils sont des ingénieurs qui étudient des problèmes réels : comment s'assurer qu'un modèle agentic à 98 de score ne prend pas de décisions destructrices quand il est déployé à grande échelle.

Le paradoxe est que Musk lui-même a été l'un des plus grands promoteurs du discours "l'IA est un risque existentiel" pendant des années. Son revirement en mai 2026 n'est pas un changement d'analyse scientifique, c'est un changement de position économique : xAI a maintenant des modèles à vendre.


Et maintenant ? Les scénarios post-annulation

L'annulation de cet EO laisse un vide réglementaire qui ne sera probablement pas comblé avant longtemps. Trois scénarios sont envisageables.

Scénario 1 : le statu quo libéré. Aucun nouveau texte fédéral. Les labos déploient librement, font leur propre red-teaming, et le marché sanctionne les modèles défaillants. C'est le scénario préféré de Musk, Zuckerberg et Sacks. Le risque : un incident grave (deepfake massif, agent IA qui prend des décisions destructrices) qui déclenche une réaction réglementaire brutale et mal calibrée.

Scénario 2 : le Congrès prend le relais. Des sénateurs des deux partis (il en existe, y compris chez les Républicains) pourraient proposer une loi. Mais le Congrès est lent, divisé, et les lobbyistes tech sont bien implantés. Probabilité faible à moyen terme.

Scénario 3 : la fragmentation. L'Europe applique son AI Act, la Californie renforce ses propres lois (comme le SB 1047 qui avait failli passer en 2024), et les États-Unis n'ont pas de cadre fédéral cohérent. Les entreprises américaines se retrouvent avec un patchwork réglementaire chaotique. C'est probablement le scénario le plus réaliste.

Dans tous les cas, l'annulation de mai 2026 marque un point de bascule. La fenêtre pour mettre en place un cadre fédéral de sécurité IA volontariste est en train de se fermer.


❌ Erreurs courantes

Erreur 1 : Confondre sécurité IA et "anti-innovation"

La sécurité IA n'est pas un frein à l'innovation, c'est de l'ingénierie de fiabilité. Les tests de sécurité pour l'aviation n'ont pas tué l'industrie aéronautique — ils l'ont rendue digne de confiance. Le parallèle est direct.

Erreur 2 : Penser que les labos se régulent seuls

L'histoire montre que l'autorégulation fonctionne quand il y a une menace de régulation externe crédible. Sans cette menace, les incitations à couper les coins ronds sont trop fortes. Le red-teaming interne est indispensable mais non suffisant.

Erreur 3 : Croire que Musk est un défenseur de la safety

Musk l'a été, quand ça arrangeait sa position. En 2026, xAI a des modèles à déployer et des investisseurs à satisfaire. Ses actions (appeler Trump pour torpiller l'EO) parlent plus fort que ses déclarations passées.


❓ Questions fréquentes

Quels modèles étaient concernés par cet executive order ?

L'EO ciblait les modèles "frontier", c'est-à-dire les plus capables. En pratique, GPT-5.5 (98.2 agentic), Gemini 3 Pro Deep Think (95.4), Claude Opus 4.7 (94.3) et leurs successeurs auraient été les premiers affectés.

L'AI Act européen s'applique-t-il aux entreprises américaines ?

Oui. Tout modèle déployé dans l'UE, quelle que soit l'origine de l'entreprise, est soumis à l'AI Act. Les labos américains doivent donc quand même faire des évaluations de risques — mais selon le cadre de Bruxelles, pas celui de Washington.

Pourquoi Trump a-t-il cédé si facilement ?

Trump "déteste la régulation" selon une source citée par Axios. Quand deux de ses plus proches alliés tech (Musk et Zuckerberg) et son propre AI Czar (Sacks) lui disent de ne pas signer, il n'a pas besoin de beaucoup de persuasion.

Y aura-t-il un nouveau texte de remplacement ?

Aucune date n'a été annoncée. Politico indique que ce n'est "pas clair" quand une signature pourrait être reprogrammée. Dans le langage de Washington, cela signifie probablement jamais sous cette forme.


✅ Conclusion

L'annulation de l'executive order de mai 2026 n'est pas un accident de parcours, c'est le résultat d'un lobbying efficace mené par des acteurs qui sont littéralement assis à la table du pouvoir. Musk, Zuckerberg et Sacks ont gagné cette bataille. La question est de savoir qui perdra la prochaine.